Forages en mer : quels dangers ?

20/04/20

Le 20 avril 2020, nous commémorons le triste 10ème anniversaire de la plus grande marée noire de l’histoire. En 2010, l’explosion du Deepwater Horizon, le puits offshore le plus profond au monde, a marqué les esprits. Les 500 millions de litres de pétrole libérés dans l’océan, plus de 400 espèces marines impactées et la destruction des colonies de coraux sur une surface de près de 3 000 m2 sont autant de conséquences de ce tragique accident qui a coûté la vie à 11 personnes. Aujourd’hui, malgré les risques, les forages sont toujours autorisés dans toutes les mers européennes (par 14 pays de l’UE). Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur les dangers de cette activité.  

Qu’est-ce qu’un forage ?  

Les forages sont des exploitations pétrolières ou gazières de gisements en mer, au moyen de plateformes de forage. L’offshore peu profond (jusqu’au 300m de profondeur d’eau), est pratiqué dès la fin du XIXème siècle. Cependant, comme les réserves de pétrole et de gaz diminuent, les forages deviennent de plus en plus profonds. Aujourd’hui, les plateformes les plus modernes peuvent être positionnés à des endroits de plus de 3 000m d’hauteur d’eau, avec la profondeur de forage allant jusqu’à près de 12 000m. Cette tendance implique des technologies de plus en plus élaborées et des risques accrus pour les humains et l’environnement. 

Ces opérations en mer se déroulent généralement en quatre étapes : la prospection, l’exploration, l’exploitation et le démantèlement. Toutes ces phases représentent un danger pour les humains, la biodiversité marine et la qualité de l’eau. 

Une menace pour la biodiversité et la qualité de l’eau 


En amont, avant d’investir les lieux, les entreprises ont recours à des levés sismiques dans le cadre d’une phase d’exploration. Ces études sont extrêmement nocives : le bruit émit assourdit les mammifères marins et provoque leurs échouages, tout en ayant un impact sur les poissons et le plancton.  

Ensuite, les forages en mer représentent un grand risque de déversements et de marées noires. La fuite d’Elgin en 2012 en est un exemple : près de 6 000 tonnes de gaz se sont échappées dans l’océan pendant 7 semaines, générant un nuage de plus de 11km de longueur. 

De plus, le rejet quotidien de substances toxiques pollue les eaux. En particulier, les boues fluides contenant de l’arsenic, du mercure, des matières radioactives ont des conséquences irréversibles pour l’environnement. 

Enfin, sans démantèlement adapté, ces plateformes deviennent des déchets en mer, en laissant sur place des milliers de tonnes d’eaux contaminées, les bases en béton et une partie de la structure. 

Des forages dans les zones fragiles 


Malgré l’état particulièrement fragile de certaines zones dans l’océan, on voit que les forages y sont bien trop souvent autorisés. Il s’agit tout d’abord des aires marines protégées (AMP) qui ont été créés afin de préserver les écosystèmes les plus fragiles. Il va sans dire que les activités d’exploitation et exploration des hydrocarbures sont incompatibles avec cet objectif de conservation. Deuxièmement, les forages ne sont pas interdits dans les eaux arctiques. Néanmoins, la probabilité d'un accident y est plus élevée compte tenu des conditions complexes de travail – mais ses conséquences seraient plus catastrophiques car il s'agit d'un écosystème précieux et véritablement unique. 

La position de Surfrider Europe 


Surfrider Europe et tous les signataires du Manifesto "Toward an EU offshore drilling ban", publié aujourd’hui, appellent l’Union Européenne et ses Etats-Membres à :

    → S'engager à ne plus délivrer, à partir de 2023, de nouveaux permis pour exploitation ou exploration pétrolières et gazières.   

    → S'engager à un objectif d’arrêt total d'opérations pétrolières et gazières en mer d'ici 2035.   

    → Interdire l'exploitation et l’exploration dans les aires marines protégées (AMP) et leurs environs.   

    → Interdire les forages dans les zones arctiques.  

En 2020, l’Union européenne va réviser sa Directive sur la sécurité des opérations pétrolières et gazières en mer. Surfrider Europe continuera la campagne au niveau législatif, en travaillant pour une révision ambitieuse de ce texte. 

Ce combat contre les forages pétroliers en mer devrait définir l’avenir de notre continent. Nous devons mettre fin à notre addiction aux énergies fossiles, en commençant par les forages en mer. Ce combat commence dès aujourd’hui.  

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